Espèces végétales exotiques envahissantes

Alternanthera philoxeroides (Mart.) Griseb., 1879
Nom(s) vernaculaire(s)Alligatorweed
FamilleAmaranthaceae
OrigineAmérique du sud
Date d’introduction1971
Statut PACAEmergente
Statut LRAbsente
Statut domaine méditerranéenEmergente
Statut domaine alpinAbsente

Farsac Laetitia - 26/08/2014 (Cliquer pour zoomer)
Carte de répartition (par maille de 10*10km)

Description

  • Port : herbacée vivace polycarpique amphibie, solonifère, enracinée immergée ou émergée pouvant former des herbiers denses (jusqu'à 1 m d'épaisseur). Feuillage persistant. Il existe une "forme" aquatique (plus vigoureuse) et une "forme" terrestre, qui correspondent à une plasticité morphologique typique des plantes amphibies.

  • Feuilles : vert foncé, opposées et sessiles, de forme lancéolée linéaire à étroitement obovale, acuminées (2-12 cm de long et de 0,5-4 cm de large). La marge est entière, la nervation est alterne, faiblement proéminente à la face inférieure. Les deux faces sont glabres. Entières ou pennatilobées, acuminées, marges ciliées, ayant toutes un pétiole de 3 à 8 mm.

  • Tiges : cylindrique et creuse (les tiges peuvent être pleines à la base pour la forme terrestre), atteignant au moins 1 m de longueur. La tige est glabre, striée avec des touffes de poils blancs en collerette stipulaire à la base des feuilles.

  • Racine : pivot principal à la base de la plante en particulier en milieu aquatique. De nombreuses racines filamenteuses peuvent également être présentes à partir des nœuds. Les racines de la forme terrestre sont jusqu'à 7 fois plus massives que celles de la forme aquatique.

  • Fleurs : inflorescence habituellement axillaire et distinctement pédonculée (pédoncule de 1 à 9 cm de long). Globuleuse ou ovoïde, de 1 à 1,5 cm de diamètre, composée de petites fleurs blanches à l’aspect parcheminé, membraneux. Floraison de juin à septembre.

  • Fruits : capsule obovoïde, comprimée, émarginée de 1 à 4 mm de long et indéhiscente.

  • Taille : de 40 à 60 cm.

  • Confusion possible : avec les jussies (Ludwigia peploides et Ludwigia grandiflora) qui se distinguent principalement par leurs fleurs jaune vif à 5 pétales, les tiges pouvant être rougeâtres.



Biologie et écologie
Milieux : eaux courantes ou stagnantes ; berges et ripisylves ; prairies humides ; milieux agricoles ; milieux anthropiques.

Reproduction végétative.
Multiplication végétative par : bouturage ; à partir d'un fragment d'un organe spécialisé.

La reproduction est essentiellement végétative (reproduction asexuée à partir de fragments de stolons et de tiges). La reproduction sexuée n’a pas été observée dans les aires d’introduction de l’espèce.



Impacts et aspects positifs

D'après la bibliographie : L’herbe à alligator a une croissance importante et modifie ainsi la structure des écosystèmes en empêchant la croissance des plantes indigènes présentes.


En région PACA : L’analyse de risque effectuée sur l'herbe à alligator révèle que l’espèce a un risque élevé (score de 33 sur 38 points au total) de devenir une espèce exotique envahissante dangereuse pour la biodiversité et l’environnement (analyse de Weber & Gut, 2004 ; Terrin et Farsac, 2014). Cette espèce a un caractère très envahissant dans d’autres régions du monde à climat méditerranéen, une croissance végétative rapide, une forte capacité de dispersion par fragments et a la capacité d’envahir des milieux aquatiques comme des berges de cours d’eau. Tous ces critères réunis ainsi que la difficulté à la gérer et les coûts élevés qu’entraîne sa gestion (plus de 3 millions de dollars ont été dépensés pour contrôler cette espèce dans le marais de Barren Box en Australie (CRC, 2003), font de cette espèce émergente en région PACA une menace importante pour la biodiversité de cette région.


D'après la bibliographie : Elle crée indirectement des milieux favorables à la reproduction des moustiques, qui peuvent avoir des implications pour la santé humaine et du bétail.


D'après la bibliographie : L'herbe à alligator peut gêner les activités nautiques (bateaux, pêche, natation). Dans les situations où l’espèce est uniquement terrestre, elle provoque la dégradation des terres agricoles et des pâturages et la contamination des cultures. Dans les zones envahies, l'herbe à alligator diminue les rendements des cultures de riz de 45%, de blé de 36%, de patate douce de 63%, de laitue de 47% et de maïs de 19%. Elle peut également avoir un impact sur les vignobles, les plantations de thé, les cultures de baies, de soja, de coton et de cacahuètes (Csurhes & Markula, 2010; EPPO, 2015). Le pâturage d’Alternanthera philoxeroides a été associé à de la photosensibilité et à des lésions de la peau, des dommages au foie menant parfois à la mort chez les bovins, veaux et agneaux.


D'après la bibliographie : L'herbe à alligator est utilisée pour la phytoremédiation des eaux polluées au plomb et au mercure (EPPO, 2015) et des eaux polluées par les effluents de teinture textile (Rane et al., 2015).



Gestion

Carte des actions réalisées sur 'Alternanthera philoxeroides (Mart.) Griseb., 1879'
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Éviter d'acheter l'espèce pour l'ornement des étangs, bassins et des aquariums.

L'arrachage manuel des tiges et racines profondes peut être utilisé pour les petits peuplements ou les peuplements en mélange avec la flore indigène, en milieux aquatiques ou sur des berges exondées limoneuses, en veillant à ne pas laisser de fragments s'échapper. L'arrachage manuel nécessite de 4,5 à 10,5 personnes par heure et par mètre carré (Clements et al., 2014).

À Sorgues (département du Vaucluse, France), une expérimentation de gestion à visée d'éradication a été menée sur l’herbe à alligator par le CBNMed. Elle visait à évaluer l’efficacité de l’arrachage manuel ainsi que de l’arrachage manuel couplé à la pose d’une bâche opaque, dans un contexte d’herbiers enracinés dans un enrochement et sur une berge.

Trois modalités ont été testées entre 2016 et 2018 : (1) deux arrachages manuels bisannuels (un en été et un à l’automne), (2) un arrachage manuel annuel en été, (3) un arrachage manuel unique initial (en été) suivi de la pose d’une bâche permanente opaque (réalisée à partir de plusieurs couches d’un rouleau de bâche de plastique noir de 50m et fixée au sol avec des agrafes en métal).

Préalablement aux arrachages annuels, un filet flottant a été posé afin d’empêcher la dispersion des fragments arrachés. Ces derniers ont été régulièrement enlevés du filet grâce à des épuisettes. Les pieds en situation aquatique ont été arrachés manuellement, depuis l’eau, par des personnes équipées de waders. Sur la berge, en plus de l’arrachage directement à la main, une partie du système rhizomateux souterrain a été enlevée en décaissant superficiellement le sol (sur environ 10 cm de profondeur) à l’aide d’une pioche. L’ensemble des fragments arrachés a été retiré (beaucoup de terre est ainsi évacuée avec les rhizomes). Les plantes arrachées ont ensuite été exportées vers une plateforme de stockage pour les faire sécher avant incinération. En parallèle de cette expérimentation de lutte, un protocole de suivi floristique permettant de suivre l’évolution des facteurs phytoécologiques et mésologiques du site a été mis en place sur les zones gérées avant chaque opération d’arrachage pour évaluer l’efficacité de la méthode de gestion et la cicatrisation du milieu. Les indicateurs de suivi ont été le recouvrement de l’espèce ainsi que le recensement de la végétation sur les placettes d’étude.

Au bout de trois années, seule la modalité 3, à savoir l’arrachage manuel initial suivi de la pose d’une bâche opaque sur plusieurs années, semble efficace pour gérer l’espèce sur des berges enrochées. Il est nécessaire que la bâche posée, après arrachage ou fauche des parties aériennes, soit bien opaque, résistante, bien amarrée au sol et posée suffisamment longtemps (minimum 3 ans) pour obtenir des résultats concluants. Cette méthode, destructive pour le milieu, est à privilégiée sur des zones complètement envahies. Elle peut-être couplée à des techniques de revégétalisation qui emploient des plantes indigènes locales (ex : label Végétal Local) pour éviter que les sols à nus soient colonisés par d’autres espèces exotiques envahissantes (Cottaz et al., 2019).


La fauche des parties aériennes terrestres ou aquatiques par un engin amphibie sans mesure de protection (pose de filets flottants autour de la station pour éviter la dispersion de fragments) est à proscrire. Néanmoins, pour les berges enrochées totalement envahies par l’espèce, cette méthode, couplée à la pose de filets de protection et à la pose d’une bâche opaque solidement amarrée à la berge peut-être utilisée pour éradiquer l’espèce. La bâche devra être posée sur plusieurs années (au moins 3 à 4 ans) (Terrin et al., 2019 ; Cottaz et al., 2018).

L’excavation mécanique peu profonde peut être utilisée pour enlever la biomasse aérienne et une partie (voire la totalité) de la biomasse souterraine. Un traitement manuel est nécessaire pour enlever la biomasse souterraine restante et les fragments, souvent créés par l’intervention mécanique. A ce titre, l’efficacité des interventions purement mécaniques est diversement appréciée.

• Pour procéder à une excavation légère, une éraflure initiale de 10 cm est effectuée pour permettre d'inspecter la profondeur des racines.

• Si de grandes quantités de matériel racinaire sont présentes, une nouvelle excavation peut être effectuée à une profondeur de 20 cm. Il n'est pas conseillé de creuser à des profondeurs plus importantes, tant en raison de l'énorme quantité de sols contaminés qui doivent ensuite être traités et éliminés que de la perturbation du site sur de grandes surfaces.

• Cette excavation doit ensuite être suivie d’un traitement manuel des repousses environ trois semaines plus tard.

• Le site devra être ensuite régulièrement inspecté la première année, puis une fois par an lors de la période de croissance.

• Lors de cette opération, toutes les précautions devront être prises pour éviter toute dispersion de nouvelles plantes.


En Australie, les herbicides utilisés contre l'herbe à alligator sont à base de glyphosate, de metsulfuron-méthyle ou de dichlobénil. Cependant, ces produits posent des problèmes de toxicité pour la flore et la faune indigènes, et pour l'écosystème, et l'herbe à alligator a tendance à se fragmenter et se disperser après traitement. Les applications d'herbicides doivent être renouvellées 3 fois par an pendant 2 ou 3 ans (Clements et al., 2014). En France, aucun traitement chimique ne doit être effectué dans un milieu humide.


Le scarabée Agasicles hygrophila, également originaire d'Amérique du sud, a été introduit pour lutter contre l'herbe à alligator en Australie, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis, Chine et Thaïlande. Cependant, celui-ci est efficace uniquement en milieux aquatiques : dans les habitats terrestres, il cause peu de dommages aux peuplements d'herbe à alligator à cause de la faible survie des larves et de la grande tolérance à l'herbivorie de l'herbe à alligator (Wei et al., 2014 ; EPPO, 2015).

En Chine, la sauterelle indigène généraliste Atractomorpha sinensis semble pouvoir contrôler l'herbe à alligator plus efficacement que sa cousine indigène Althernanthera sesilis, et donc potentiellement limiter l'invasion de la plante exotique (Fan et al., 2013).

En Chine, la compétition avec une graminée indigène, Hemarthria compressa, a été utlisée pour prévenir la propagation de l'herbe à alligator dans les zones non infestées (Liao et al., 2014).


L’utilisation d’herbicides est interdite en milieux aquatiques et à moins de 5 m d’un cours d’eau ou d’une zone de captage à cause des effets induits sur les écosystèmes aquatiques et sur la santé humaine. Depuis 2009 il n'existe plus aucun produit phytosanitaire homologué pour les milieux aquatiques.


Les produits d'arrachage doivent être stockés temporairement en dehors de toute zone humide ou susceptible d'être inondée.

La méthode connue pour éliminer les déchets est le brûlage.


Poser des filets lors des travaux d'arrachage, et nettoyer le matériel pour éviter la dissémination des fragments.

Il convient d’être vigilant sur la propreté des engins avant leur arrivée sur site et après. Il faut de même s’attacher à les vérifier s’ils gagnent une autre zone d’intervention, ou d’entreposage et de stockage. Il est fortement recommandé que tout chantier mécanique d'enlèvement soit doté de facilités pour le nettoyage des instruments sur site, par exemple, une génératrice portable, une pompe à eau portable, un nettoyeur haute pression portable, etc.

Pour le transport, il convient de vérifier régulièrement l’état des sacs et de bâcher ou poser un filet sur les bennes pour éviter toute fuite de fragments durant leur transport.

Les traitements chimiques sont inappropriés dans des sites naturels protégés ou près des cours d'eau. Il est nécessaire de se tenir au courant de la législation en vigueur en matière d'utilisation des produits phytosanitaires : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/


Le gouvernement de la Nouvelle-Galles-du-Sud (Australie) a dépensé près de 3 millions de dollars australiens pour la lutte contre l'herbe à alligator en 5 ans (2003-2008) (Csurhes & Markula, 2010). En Chine, l'équivalent de 72 millons de dollars américains est dépensé chaque année dans la lutte contre cette espèce (Clements et al., 2014).



Sources bibliographiques

Australian Weeds Committee, 2012. Alligator weed (Alternanthera philoxeroides Griseb.) strategic plan 2012–17. Weeds of National Significance, Australian Government Department of Agriculture, Fisheries and Forestry, Canberra.

Chatterjee A. & Dewanji A., 2014. Effect of varying Alternanthera philoxeroides (alligator weed) cover on the macrophyte species diversity of pond ecosystems: a quadrat-based study. Aquatic invasions, 9: 343-355.

Clements D., Dugdale T.M., Butler K.L. & Hunt T.D., 2014. Management of aquatic alligator weed (Alternanthera philoxeroides) in an early stage of invasion. Management of Biological Invasions, 4: 327–339.

Cottaz C., Paquier T. & Diadema K., 2018. L’herbe à alligator Alternanthera philoxeroides. Expérimentation de gestion d’une espèce exotique envahissante émergente en région PACA, sur l’Ouvèze (Sorgues, 84). Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles. 26pp + annexes.

CRC for Australian Weed Management, 2003. Alligator Weed (Alternanthera philoxeroides). In New South Wale Department of primary industries. Weed management guide. [En ligne] http://www.dpi.nsw.gov.au/agriculture/pests-weeds/weeds/publications/weeds-crc-pubs/wmg (Page consultée le 10/09/2014).

Csurhes S. & Markula A., 2010. Pest plant risk assessment: Alligator weed, Alternanthera philoxeroides. The State of Queensland, Department of Employment, Economic Development and Innovation, 16 p.

EPPO, 2015. Pest risk analysis for Alternanthera philoxeroides. EPPO, Paris, 43 p. site web http://www.eppo.int/QUARANTINE/Pest_Risk_Analysis/PRA_intro.htm

Fan S., Yu D. & Liu C., 2013. The Invasive Plant Alternanthera philoxeroides Was Suppressed More Intensively than Its Native Congener by a Native Generalist: Implications for the Biotic Resistance Hypothesis. Plos One, 13:1-7.

Farsac L. & Terrin E., 2014. Note d’alerte - Détection d’une nouvelle espèce végétale exotique envahissante en région PACA : l’herbe à alligator, Alternanthera philoxeroides (Mart.) Griseb. Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles, 16 p.

Invabio, 2010. Althernanthera philoxeroides (Grisebach, 1874) l’Althernanthère. site web http://www.invabio.fr/ [consultation mai 2016]

Liao J., Tao M. & Jiang M., 2014. Spatial arrangements affect suppression of invasive Alternanthera philoxeroides by native Hemarthria compressa. Acta Oecologica 59: 46-51.

Rane N.R., Chandanshive V.V., Watharkar A.D., Khandare R.V., Patil T.S., Pawar P.K. & Govindwar S.P., 2015. Phytoremediation of sulfonated Remazol Red dye and textile effluents by Alternanthera philoxeroides: An anatomical, enzymatic and pilot scale study. Water Research, 83: 71-281.

Shen J., Shen M., Wang X. & Lu Y., 2005. Effect of environmental factors on shoot emergence and vegetative growth of alligatorweed (Alternanthera philoxeroides). Weed Science, 53(4): 471–478.

Terrin E., Cottaz C., Pires M., 2019. État des lieux de la propagation d’une espèce végétale exotique envahissante (EVEE) sur l’Ouvèze et le Rhône et préconisations de gestion : l’herbe à alligator (Alternanthera philoxeroides (Mart.) Griseb.). Rapport inédit, Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles, 44 p.

Van Oosterhout E., 2007. Alligator weed control manual—management and suppression of alligator weed (Alternanthera philoxeroides) in Australia. New South Wales Department of Primary Industries, Orange, 90 p.

Weber E., 2003. Invasive plant species of the world – a reference guided to environmental weeds. CABI Publishing. Wallingford, UK, 548 p.

Wei H., Lu X. & Ding J., 2014. Direct and indirect impacts of different water regimes on the invasive plant, alligator weed (Alternanthera philoxeroides), and its biological control agent, Agasicles hygrophila. Weed Biology and Management 15: 1-10.

 



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Dernière modification le 17/01/2020